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comme Décornification

Cornes : extrémités protubérantes chez certains animaux / décornifier : néologisme, action de retirer ses cornes.
« avoir des cornes » = être trompé par son/sa conjoint(e)

En 1966, dans la revue Herner am Hirn, Germain Muller entreprend une vaste fresque historique de l’Alsace. Ce qui est alors mis en scène, ce sont les origines très lointaines de la dualité alsacienne. Les Alamans, une configuration de tribus germaniques reconnaissable par le port de casques cornus, s’installent dans la plaine du Rhin déjà habitée par les Gallo-Romains. Bernard Jenny écrit, à propos de la version historique parodique de Germain : « [de] la conjonction de ces deux peuplades naîtront les Alsaciens …et tous leurs maux ! Alors, depuis ce temps, ils portent tous des cornes et le plus étonnant est, qu’avec l’esprit masochiste qui est le leur, ils s’y sont accoutumés. Ni les évacuations, ni les réintégrations, ni les occupations, ni les libérations, ni les épurations n’ont de prise sur eux. Ils s’accommodent de tout. »

Ce que Germain propose dans cette revue, c’est donc une opération délicate, une « décornification doublée d’un lavage de cerveau ; une thérapeutique, radicale mais salutaire, qui doit chasser jusqu’aux dernières traces d’un conformisme électoral congénitalement alsacien. Germain ne se fait aucune illusion sur cette ‘’décornification’’…l’expérience le prouve ; les rechutes sont fréquentes…les cornes repousseront, fatalement, un jour ou l’autre. » ¹

Ainsi le retour aux Alamans et à leurs cornes permet à Germain de filer la métaphore de la tromperie et renoue avec les origines de l’instabilité alsacienne – surtout dans le domaine politique. La personnalité politique visée dans cette revue est De Gaulle. Selon Germain, les gaullistes feraient preuve d’un « trop grand parti-pris nationaliste ». Ainsi, dans le sketch Blän vun Strossburi de cette revue, Germain se présente la main enrubannée d’un sac et d’un tissu tricolore, qu’il ne lave plus depuis qu’elle a serrée celle du Général. Avec toute la force de son ironie, Germain s’en prend aux Français de l’intérieur qui ne soutiennent pas comme il faudrait De Gaulle, soit le contraire d’une majorité d’Alsaciens à l’instar d’André Bord :

« Ca, il ne l’a pas mérité (ndlr : De Gaulle) ! Je l’ai toujours dit, il n’a rien à voir avec ces gens là !…Il est beaucoup plus proche de nous ! Si je n’avais pas été au courant qu’il avait un cousin en pays de Bade, du nom de Kolb, j’aurais dit qu’il pourrait être Alsacien. La prochaine fois, quand il vient ici, il ne faudra plus le leur rendre…C’est vrai, on l’installera au Palais du Rhin…il y a de la place. Ainsi, les Alamans auront, eux aussi, leur Empereur…Vous avez-vu ma main ? C’est celle que je lui ai donnée à serrer cette fois-là !…Enfin, moi, je me suis déjà fait décornifier…et c’est vrai qu’après on est un autre homme. Etc. »


 

1 : Voir l’ouvrage de Bernard Jenny, Germain, p.309-310
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