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comme Alsace, Aubette

Alsace

« Qu’est-ce qu’un Alsacien, au fond ?
– Un Alsacien, c’est un Français.
– Et un bon Alsacien ?
– Et bien, un bon Alsacien c’est un Alsacien.
– Et qu’est-ce qu’un très bon Alsacien ?
– Ca, c’est déjà quasiment un Boche ! »

Germain Muller, Revue Frechi Knirps, 1972

Les maisons à colombages, les cigognes, la choucroute et le Kougelhopf … l’Alsace ne peut se résumer à ces quelques clichés, même s’ils font indéniablement partis du patrimoine régional.

Ce qui caractérise essentiellement l’Alsace découlerait plutôt de son histoire complexe. Centre important de l’aire culturelle germanique, l’Alsace est conquise par Louis XIV au 17e siècle et rattachée au royaume de France. Puis, avec la Moselle, elle est annexée par l’Empire Germanique suite à la guerre franco-prussienne en 1871. Rendue à la France en 1918 suite à la défaite allemande de la Première guerre mondiale, l’Alsace tombe sous la domination de l’Allemagne nazie en 1940. La Seconde guerre mondiale augmente le tourment alsacien d’être à cheval entre deux nations. Finalement, l’Alsace redevient française suite à la victoire des Alliés en 1945.

L’Alsace possède donc un patrimoine historique impressionnant, conséquence notamment de son histoire mouvementé. Encore aujourd’hui, la région possède quelques particularités (notamment linguistiques et juridiques) qui la différencient des autres régions de France. Ainsi, l’Alsace, de même que la Moselle, est toujours sous le régime du Concordat. Il s’agit d’un traité signé en 1801 stipulant notamment la reconnaissance officielle par l’État français des quatre cultes de l’époque (catholique, luthérien, réformé et israélite). C’est donc l’État qui se charge des nominations des différents représentants de ces communautés, et il dispose d’un droit de contrôle sur ces cultes. De 1940 à 1945, l’Alsace soumise au régime nazi s’est vue retirer le Concordat, mais le traité fut très vite rétabli après la guerre.

La phrase qui résume peut-être le mieux l’Alsace, est celle prononcée par Germain Muller, « En Alsace, le contraire est toujours vrai ! ».

Aubette

« Nous avons donné la véritable place de la couleur dans l’architecture et nous déclarons que la peinture séparée de la construction architecturale (c’est-à- dire le tableau) n’a aucune raison d’être. »

Cornelis Van Eesteren et Theo Van Doesburg, in De Stijl 6/7. 1924

Le 14 décembre 1946, une drôle de troupe s’empare du Ciné-Bal Aubette pour jouer la revue d’un nouveau cabaret. Le Barabli naît, et enthousiasme les Alsaciens avec son spectacle « Steckelburi schwingt », tiré de la chanson-phare « Steckelburjer Swing » composée par Mario Hirlé et Germain Muller le 14 juillet 1945 pour les célébrations de la Fête Nationale à Truchtersheim.

Le Barabli tiendra l’affiche dans ce haut-lieu de l’avant-garde strasbourgeoise pendant quatre mois, alors qu’au départ cinq ou six soirées seulement étaient prévues !

L’histoire de l’Aubette est elle aussi riche. La création de son décor est confiée en 1928 par les frères Horn à Hans Arp, sa femme Sophie Taeuber et à Theo van Doesburg, trois artistes alors dénigrés par l’élite culturelle strasbourgeoise. La création des décors de l’Aubette s’inscrit dans une filiation de Dada, mouvement littéraire et artistique international fondé en 1916 à Zurich où l’on retrouve aussi bien les trois « décorateurs » de l’Aubette que Hugo Ball ou Tristan Tzara et – de manière plus éloigné – Piet Mondrian qui collabora avec Theo Van Doesburg pour fonder le mouvement De Stijl en 1917 en Hollande. De Stijl défend une esthétique utopiste prônant la synthèse des arts, un art universel fondé sur l’effacement de l’individualité dans la pratique artistique au profit du travail collectif. Le groupe rassemble des peintres et des architectes.

L’esthétique de l’Aubette est donc née d’une inspiration à la fois dadaïste et de De Stijl. Le lieu, qui comporte plusieurs espaces, est conçu comme une œuvre d’art totale. Malgré les émules qu’elle a pu créer et ses nombreuses destructions / restaurations, l’Aubette est aujourd’hui appelée la « Chapelle Sixtine de l’art moderne ».

- Visite (tout âge) : aller visiter l’Aubette, pour s’imprégner du lieu et en découvrir plus sur son histoire !
- Arts plastiques (de 6 à 10 ans) : choisir une des salles et dessiner « son » Aubette selon les exigences esthétiques du mouvement De Stijl. Et pourquoi pas grandeur nature, avec de très grandes feuilles décorées recréer un petit espace dans le même style que l’Aubette pour chanter un morceau façon Germain Muller ! !

Activités

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